Bonsoir
Voici, je me suis permis de ne pas respecter la consigne 700 mots. Promis, je ne la ferai plus. Ou alors...
Mais voilà, j'avais une histoire d'amour à raconter. C'est fait. Ou j'ai voulu le faire. Merci.
A bientôt
Patrick
Rouge,
Paresse et Violoncelle
Et l'heure trébucha
07 :56. Au
pied du square Victoria Regina, Bruxelles grouille déjà. Et depuis longtemps
pour lui ; la nuit avait été très courte pour Olivier. Du haut du dernier
étage de l’immeuble qu’il occupait, il devinait que ces fourmis couraient après
une quelconque habitude. Pourtant, aujourd’hui les lacets gris ou rouges qui
défilaient sur les rails de la Gare du Nord ne l’amusaient pas du tout. Ses
yeux étaient fixés sur les deux Towers Proximus qui, de coutume, jouaient avec
le vent.
Et là, maintenant, écrasé dans le cuir de son siège, Olivier
hésite. Encore. Une première goutte perle sur son front ; puis chute. Très
vite, une autre a déjà choisi. De glisser. Elle, du moins. Car lui, par contre,
il a le vertige : il prendrait un risque considérable. D’un autre côté… Mon
Dieu, quelle journée…
Son GSM personnel fini par prendre la décision ! Et maintenant,
les ondes s’amusent à faire le tour du monde, avant de parvenir à son
interlocuteur !
- -
« Waouw, que me vaut un appel téléphonique
à cette heure matinale de la part du big boss de la ‘Computer Crime Unit’ ?!! Est-ce
que je dois faire un mot d’excuse à l’intention de ton supérieur, pour avoir
trop pinter avec moi hier soir, mon très cher ami ? » ironisa John.
Olivier B. était un ami de très longue date, bien plus malin
que lui, qui n’avait cessé de grimper dans la hiérarchie, spécialisé dans la
gestion de conflits nationaux et internationaux, particulièrement en matière informatique.
- - « John, tais-toi… ».
Sa respiration, saccadée, n’était que trop
excédée !
« Ce coup de téléphone peut notamment
me coûter ma place !! C’est à propos de Rose ».
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X X
Depuis
cette guerre sino-européenne en demi-teinte, à caractère socio-économique, qui
perdurait depuis deux ans, Rose avait perdu l’habitude de déguster un
cappuccino si tôt, vers huit heure du matin, même dans ce bar milanais qu’elle
affectionnait particulièrement en raison de ses mélodies exceptionnelles, lequel
portait bien son nom : «Violoncello e pianoforte ». Puisque qu’elle
avait perdu son job, à l’image d’une douce et longue phrase dans un manuscrit
qui n’en finit pas, ses journées paressaient, elles aussi, tandis que ses yeux
découvraient, souvent de dos, quelques belles formes masculines, ce tout en
appréciant par exemple l’excellente complainte d’Adam Hurst intitulée « Séduction »…Toutefois,
sous la bannière de ce « Fare niente », cette quiétude n’était
qu’apparente. Car, ce matin, à la gare
centrale de Milan, Rose a rendez-vous. Certes, avec le violoncelle et le
piano ; mais surtout, avec Isa…
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08 : 02.
John, abasourdi par les dires alarmistes d’Olivier, n’y croyait pas vraiment.
N’empêche, comme c’était parfois arrivé en temps de paix… Il s’exécuta donc et voulu
joindre Rose immédiatement.
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X X
Malgré l’origine fasciste de la gare milanaise Isabelle
continuait à être subjuguée par le jeu de l’acier et du verre qui semblent se
moquer des printemps successifs. Il était clair que cette lumière et cette
force métallique galvanisaient ces hommes et ces femmes qui fonçaient
aveuglément dans un vacarme effrayant vers les murs de marbres, sans vouloir
savoir de quoi serait fait demain. Tantôt. Maintenant. Une voix froide et
mécanique les dirige encore, depuis Mussolini jusqu’à l’instant, d’une voie à
l’autre. Et le mendiant, non admis, passe inaperçu dans ce film gris et glacé.
Mais Isabelle rêve, s’emballe !
Et ne voit plus que les trains riches et rouges qui l’enflamment. Encore
quelques minutes, et elle la retrouvera, parmi mille arômes chauds…Pas à pas.
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08 :05. « Non,
ce n’est pas possible ! Quelle peste ! Elle a encore fermé l’accès à
son GSM ! ». Olivier avait pourtant insisté lourdement pour qu’elle
quitte Milan sans délais. John ne put que déposer un message alarmiste. Et
l’angoisse le saisit.
08 :07. Il
pensa enfin à Isa ! Et forma son numéro. Dans sa prière, les secondes de
son chapelet, lourdes et pesantes, s’égrenaient. Dans un puits sans fond. Elle
ne répondait pas. John devenait fou, enragé ! Impuissant... Alors, impertinent, il osa
penser au Créateur, lui qui n’avait mis les pieds dans une église que pour se
rafraichir…
Rose, maintenant à mille lieues de lui, et de son cœur. Déchiré.
Ecarlate.
Et puis, tout d’un coup, il se
souvint de son ami Luigi, qui habitait le centre de Milan. Evidemment !
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08 :13. Le
GSM allumé dans le creux de sa main, Luigi courait, sans ménagement pour les
autres piétons, bousculant l’épicier, fonçant vers le bar « Violoncello e
pianoforte », réputé notamment pour son cadre Art Déco. Et puis, Luigi, il
était comme ça : il le ferait, même au prix de sa propre vie, simplement
parce qu’un ami le lui avait demandé. Or, cette fois, John l’avait supplié.
Alors…
-
- « John, … » cracha-t-il, « …je
suis à quelques centaines de mètres … ».
Tout semblait comme d’habitude, même si nous vivions dans
une « drôle de guerre » : l’employé à bicyclette tiré à quatre
épingles passait le feu au rouge calmement, le taxi montait doucement sur la
bordure, les bus saluaient quelques automobilistes à coups de klaxons déjà
fatigués…
Luigi jeta quelques gouttes de sueur au sol…
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08 :14. Et
l’heure trébucha. On s’en doutait. Alors…alors le violoncelle et le piano,
cette explosion de vie, se mirent en grève de concert. Subitement. Comme
soulagés de ne plus devoir être. Alors, doucement, elle se renversa sur la
jupe, courte, de Rose. Mais cette tache de café se colora bizarrement d’un
rouge, presque feu. Les arômes avaient été absorbés par sa poitrine, ou par son
chemisier, troué, blessé. Et, curieusement, ils avaient été remplacés
simultanément par une odeur forte, unique, uniforme. De brulé. Arômes presque
noirs. Chemise presque brune.
La voix de la Station Centrale s’était mécaniquement tue.
Même lui, même l’acier se tordait de douleur. Mais il vivait encore. Mal. Comme
le jeune enfant, juste à côté de lui. Les lumières, fragiles, étaient mortes, en
mille morceaux, elles aussi. Les marbres imploraient ; et confessaient leurs
faiblesses que le rouge cardinal absolvait en de trop nombreuses galeries. Voilà,
ça y est, cette fois, les hommes arrêtent de courir. Et paressent, enfin.
Et puis, il y a toujours Isa, qui lui a jeté une dernière
gerbe, une dernière couronne d’amour, un dernier sourire. Et, respire d’espoir.
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X X
Devant, derrière, à droite, à
gauche, partout, il y avait des rouges dans lesquels on croirait se noyer. Oui,
c’est ça : il y avait encore quelque chose de pétillant, d’enivrant, dans
ces couleurs tapageuses, presque trop vives pour être vivantes. Quelque chose
de Bologne ou de New-York, quelque chose dont on se souvient.
Souvent.
Trop souvent.
Chapitre 6.
Vert, Voiture (blanche) et la
luxure.
Vraiment
trop ?
Midi. L’immense billard aurait aimé rester bucolique. Hélas,
il était à présent déchiré de part et d’autre par une sangle grise. Droite mais
convulsive, la Nationale quatre était aujourd’hui singulièrement calme. Peut-être
trop.
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X X
John avait pris le volant de la voiture de Rose. Blanche. Elle
n’avait pas la tête à ça. D’ailleurs, elle n’aimait pas conduire. Plus encore aujourd’hui
que d’habitude. Car elle s’en voulait presque; de n’avoir pu parler, de ne pas avoir
pu exprimer ses ressentiments, sa jalousie, hier à la Brasserie Horta !
Mais voilà, à contrario… elle avait fondu, elle avait craqué devant ce message
fleuri de son amant. Alors, elle avait de nouveau décidé. Décidé de le
reconquérir, comme elle sait le faire, comme elle peut le faire ! C’est si
simple ! Peut-être trop…
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Trop calme. Trop gris, devant lui. Les champs, verts à perte
de vue autour de John, attendent. Attendent un signal. Futurs champs de
bataille ? Comme une colombe, la tache blanche file sur la route, droit devant
elle. John fonce et ressasse ce qu’il a entendu à la radio. Et il a froid.
Froid dans le dos. Mais il a décidé de se taire. Le ciel, lui, est déjà plombé,
orageux, suspendu à un simple fil…
- - « Je ne comprends pas bien : à chaque
pompe à essence que nous rencontrons, des files importantes de véhicules sont à
l’arrêt. De toute façon, je dois prochainement prendre du diesel. Veux-tu boire
un verre pour te reposer quelques minutes? »
- - « Non, merci mon chéri. Ce n’est pas de
cela dont j’ai soif pour l’instant… » répondit-elle, en esquissant
quelques minauderies dont elle avait le secret.
Son allusion était on ne peut
plus claire. D’ailleurs, il eût fallu être aveugle pour ne point se rendre
compte de ses intentions : ce matin, elle s’était vêtue de manière si
suggestive… Oui, le printemps était bien de
retour. Et malgré ses inquiétudes, John ne manquerait pas une telle aubaine de
cette nature.
Pourtant, peu après Marche-en-Famenne,
à Bande, il quitta la route vers une pompe à essence voisine. Là aussi, de nombreuses
voitures étaient à l’arrêt.
- - « Monsieur, pourriez-vous me dire ce qu’il
se passe » ?
John revint, le visage déconfit. On aurait dit un gamin
battu.
- - « Voici, Rose » balbutia-t-il. « Dans
le train, j’avais entendu à la radio aux informations que la Chine était prête
à attaquer l’Europe, avec le concours de l’Arabie Saoudite et l’Afrique du Sud.
Ces partenaires sont en pour-parler, mais …une attaque cyber-terroriste vient d’avoir
lieu : globalement, il n’y a plus d’électricité, et donc plus d’essence prochainement
» s’étrangla-t-il.
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X X
Contre toute attente, John avait repris le chemin
; Saint-Hubert n’était plus vraiment loin. Rien n’était plus vraiment loin. Il
faudrait simplement se relever, se battre, d’une manière ou d’une autre.
Dans un premier temps, Rose s’était
effondrée, et sa vie semblait perdre tout son sens. Toutefois, rapidement, elle
se ressaisit. Plus que jamais. Plus que jamais , il fallait saisir la vie, la
prendre, la secouer !
Isa était si loin, maintenant. Ses mains aussi.
- - « John, prends ce petit chemin forestier, là, à droite »
. S Dans sa voix, il y avait déjà quelque chose de sauvage. Et le printemps,
naissant, peut-être vert mais si sensuel, voulait le lui prêter, le temps d’un
instant. Quelque chose qu’elle voulait partager, avec tous ceux autour d’elle. Plus
uniquement avec John. Quelque chose qu’elle n’avait jamais risqué. Quelque chose
qu’elle ferait, ici et maintenant ! C’est comme cela, John, que je vais te
crier ce que je n’ai pas osé te dire hier, mais autrement !
A l’orée du bois, John pris la précaution
de stopper la voiture. Bouleaux, chênes, mélèzes et, évidemment, hêtres, les
attendaient. Impatiemment.
Maintenant, pour elle, c’était de trop :
elle prit la main droite de John et la glissa sur sa cuisse sous sa mini-jupe,
sans ménagement. C’était sa guerre à elle : elle explosa , sans
modération. C’était ses bombes, ses missiles à elle !
- - " « Viens, mon chéri ! Sortons ! Viens près du chêne ! Et tant pis s’il rompt ! Et tant pis si tu as trop chaud…»
"Car je m’en fous : j’ai de
toute façon une revanche à prendre, mon cher John ! Et je sais que ça te
plaira !"semblaient murmurer ses lèvres. En ôtant ses chaussures, elle
s’exposa, en plein soleil, sans retenue aucune, en lingerie fine, aussi rouge
qu’explosive.
- - « Tu sais John, on peut parfois hésiter entre la plage et les Ardennes…Et bien, je vais te prouver que dans les bois, c’est bien aussi !»
Jalousie-
Violet- Tableau de Monet.
- - "Donc, pour visiter l’exposition immersive de
Monet, on se retrouve à la Galerie Horta, rue Marché aux herbes ? A
Bruxelles évidemment…"
- - "Non, rendez-vous à la Brasserie Horta située à
proximité. Je visiterai l’exposition seule, au matin. A samedi, à 13 :00.
Sois à l’heure, s’il te plaît."
Elle raccrocha avant John.
L’ambiance, elle non plus ne semblait pas tendre. Sans être pour autant déjà
plombée. La voix de Rose n’osait pas
franchement exprimer une animosité à son égard, surtout depuis qu’il avait osé
quitter brutalement l’enterrement de son beau-frère à Tournai, mais une rancœur
voulait se dévoiler.
Sur une branche voisine, un
traquet motteux bleuâtre le narguait : de son cri cassant, il semblait lui
rappeler qu’il était un grand migrateur, lui. Mais alors, que faisait-il là,
dans ce froid ? D’ailleurs, souvent
violacées en cette saison, des vagues du lac Majeur s’excuseraient certainement,
en sanglotant, maintenant, d’être si lointaines de John.
Une fois de plus, il devrait quitter
Saint-Hubert et effectuer le trajet vers la capitale. Rose avait invoqué une
raison professionnelle pour justifier sa prolongation à Bruxelles. Puis, elle
lui avait presque imposé ce rendez-vous à la Brasserie Horta. Pour
« mettre les choses au point ». Sans en dire plus. Mais John n’était
pas dupe : ce ne serait pas une partie de plaisir…
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X X
Pour tromper l’ennui, la rame de
train avait décidé d’avaler les traverses au plus vite. Et les traverses, une à
une, bataillaient contre le sommeil. Alors, John, à son tour, se décida d’arrêter
de lutter, et d’écouta les informations à la radio.
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X X
Treize-heure et quart. Elle
pestait. Peut-être à cause du retard de son compagnon. Quoiqu’il en soit, à
présent, elle était décidée ! Oui, bien sûr qu’elle aimait John ! Malgré
cela, elle avait fait le bilan. Seule. Enfin, non, pas vraiment seule. Mais en
elle, une aigreur la transperçait de part en part, ses mains avaient peur de
saigner… Cependant, ce n’était que la moiteur d’un désir mêlé d’amertume, de
dépit, envers celle qu’elle ignore, celle qui porte sans doute ces formes, ces
rondeurs qui enivrent les hommes ! celle qui ose, qui étale, qui exhibe
ses hanches. A mon homme. A moi. A mon homme à moi ! Elle pestait. Oui, elle lui dirait ! Elle lui crierait !
Elle lui jetterait ! oui, lui aussi, il aurait mal ! Mal !
Et puis…et puis il y avait eu cette
valse, cette valse des hésitations, ce nouvel saut dans l’inconnu, ces mains
qui se sont perdues... Ces mains qui sentaient bon l’alcool et l’ivresse de
vivre. Et puis, elle a dansé, dansé avec elle. Cette femme.
Troublée. Rose rougit. Le garçon
passe. Court. Repasse. Comme d’habitude. Personne ne l’a vue. Pourtant, elle
est mal installée. Le bois est dur. Qu’importe, ses yeux s’enfuient à nouveau :
ils se jettent à la mer, et loin de se
noyer dans un courant impressionniste, ses yeux s’accrochent à la toile. Ils
devinent Étretat. Où un homme, à droite, symbolise la virilité, et le dresse
vers le ciel. Une femme à gauche. Elle ose ne présenter que son appareil le
plus intime. Puis, à côté de ce trou, le blanc nuageux et le bleu ciel s’associent
et, enfin, sous l’effet d’une simple bourrasque, semblent prêts pour faire le
tour du monde. Cette fois, Monet a oublié le soleil. Pourtant, Rose n’a pas
froid. L’eau est chaude. C’est certain : un jour, elle se glissera entière
dans cette envie humide et chaude.
Le bouquet de fleurs que tient
John est enfin arrivé. Il est essoufflé, respire mal, déniche Rose. Dans un
coin. La peur le tient par l’autre main. Et l’amant s’avance, doucement. Et se
décide d’oser parler en déposant ces fleurs, ces violettes mauves enivrantes,
symboles de fidélité, et ces tulipes. Rouges, évidemment.
- - " Voici mes pensées", déposa-t-il,
tout simplement.
D’abord, dans un silence inodore
et sans vrai couleur, son regard préféra se fixer sur un long parterre d’impatiences.
Longuement. Très longuement. Ensuite, il tomba sur le bois, le bois du banc de
Rose. Il le connaissait, ce bois de mûrier. Bois dur. Bois de l’envie.
Puis, les yeux de Rose
commencèrent à lui répondre. Goutte à goutte.
Dans la brasserie, les gloutons
continuaient à s’empiffrer, comme si c’était le dernier repas. Comme si une
guerre était conviée.